Questions posées à Stéphane par les 5ème du collège Louis et Marie Fichez de Plouescat (29 )

 

  • Comment se passe la vie sur la base?

    C’est là une vaste question. La vie est relativement normale : un bâtiment pour dormir, et un accès à des salles de bains, un bâtiment de vie commune où on prend nos repas, avec un coté salon (baby-foot, jeu de fléchettes, billard, bibliothèque très bien fournie). Nous sommes en été entre 60 et 90 personnes sur base, généralement dans une bonne ambiance. Plein de corps de métiers sont présents ici : électriciens, plombiers, chaudronniers, techniciens production d’énergie et d’eau pour la base, conducteurs d’engins, mécaniciens, météorologues, techniciens radio, scientifiques, etc…

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16 Janvier 2015 – Rangement après la dernière plongée

Nous avons fait hier notre dernière plongée, toujours dans les grottes glacées. Nous avons échantillonné un peu plus des espèces qui nous semblent intéressantes. En rentrant de plongée, nous avons remonté notre matériel au laboratoire où nous devons le rincer et le sécher avant d’être mis en caisse pour le retour. Le départ approche à grand pas et les combinaisons de plongée en particulier doivent être très sèches avant d’être mises en caisse, sous peine de récupérer du matériel moisi à son retour en France vers le mois de Mai. Elles seront les dernières mises en caisse pour les laisser sécher le plus longtemps possible.

Ce samedi a aussi été utilisé pour ranger tout le laboratoire, rincer et sécher tout l’équipement qui était en contact avec l’eau. Les échantillons conservés dans l’alcool sont placés dans une grande caisse et les échantillons congelés sont transférés dans un conteneur d’azote liquide (-196˚C) pour leur retour vers la France. Toutes les caisses sont mesurées et pesées pour préparer leur mise en conteneur de transport maritime.

14 Janvier 2016 – Une grotte de glace

Nous avons de nouveau plongé dans la zone qui nous paraissait si intéressante deux jours auparavant. Quelle plongée ! Il y a en fait deux grottes aux parois de roche couvertes de glace et au plafond de banquise. Vers le fond, les parois se rapprochent et forment un tube de glace. On a l’impression d’évoluer dans un autre monde, la glace blanche à proximité sous nos lampes devient plus bleue dans la distance. Des petits poissons nagent près de la glace et des vers qui m’intéressent occupent des petites alvéoles dans la glace. En y regardant de plus près, je m’aperçois que je n’ai jamais vu cette espèce en Antarctique auparavant. Nous sommes en train d’échantillonner une partie de la biodiversité de l’Antarctique qui est difficile d’accès et peut-être encore intouchée. J’ai capturé certains de ces vers pour les regarder de plus près au laboratoire. Les espèces sur lesquelles nous avons travaillé pour le moment se trouvent aussi sur les parois mais l’espèce blanche est de toute évidence bien adaptée aux parois glacées. Il pourrait s’agir d’une espèce nouvelle pour la science… Je travaillerai sur ces échantillons après leur retour au laboratoire.

Pierre a aussi trouvé des Mysidacés (sortes de crevettes) qui l’intéressent au plus haut point pour ses recherches.

Cette plongée était passionnante, une vie aux limites de la congélation, des espèces probablement typiques de cet environnement. La vie ne cessera jamais de m’étonner.

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Paroi glacée avec grandes algues. Photo /Pierre Chevaldonné
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ver blanc sur la glace

12 Janvier 2016 – Une plongée dans un palais de glace

Hier, nous sommes allés plonger sur un site en bord de banquise près de l’Ile Claude Bernard. La débâcle est relativement récente à cet endroit là. Nous voulions voir un site sans couverture d’algue filamenteuse brune et encore relativement gelé. Notre souhait a été exaucé : nous avons plongé sur un joli site, avec quelques grandes algues pour nos récoltes et la bordure de banquise est extraordinaire à cet endroit. Le glacier Astrolabe atteint la mer ici, après une lente marche vers le bord du continent antarctique. Le résultat est un chaos de glace, blocs plus ou moins gros et découpés, crevasses en tout genre. Sous l’eau, le spectacle donne l’impression de blocs de roche blanche, plus ou moins émergés. Ils sont très découpés et certains bougent sous les autres en réponse aux mouvements de l’eau.

Non loin, nous sommes entrés dans un passage où les parois sont des rochers que l’on distingue à travers une couche de glace, des animaux sont pris dans la glace, certains dépassent à peine, des algues sont aussi visibles et les grandes algues Himantothallus ont leurs bases dans la glace et le reste dans l’eau. Quelques animaux se déplacent à la surface de la glace, dont deux Polynoidae géants. Il y a de nombreux petits poissons et des alevins. Tout un petit monde regroupant des animaux spécialisés dans la vie sous et sur la glace, et des animaux plus classiques (pour nous) se cotoient

Nous voyons aussi quelques animaux intéressants que nous n’avons pas vus ailleurs. Après discussion à la surface, nous avons décidé de plonger à nouveau sur ce site la prochaine fois.

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Paroi glacée avec grandes algues. photo / Pierre Chavaldonné

10 Janvier 2016 – Le petits Adélies grandissent vite

Les poussins de manchot Adélie grandissent très vite. Pour certains, leur duvet isolant leur donne déjà presque l’air d’avoir la même taille que leurs parents. Pourtant, leur naissance ne date que d’environ 3 semaines. Les parents se relaient maintenant toutes les 18 heures environ pour aller chercher à manger pour nourrir leurs petits. Au contraire des années précédentes où nous avions de la banquise, ils se mettent à l’eau tout près de la base et n’ont plus des kilomètres à parcourir sur la banquise. D’ailleurs, cette année devrait être très bonne pour la reproduction : beaucoup de couples ont réussi à mener à bien le nourrissage de deux poussins jusque là. Lors de la première année de notre programme de recherche, on avait eu une hécatombe amenée par de la pluie qui avait mouillé le duvet des poussins et la présence de près de 40 km de banquise début Janvier (aucun poussin n’avait survécu dans l’archipel). L’année dernière, il ne restait que 10 km de banquise à notre arrivée début Janvier et environ 10% des poussins avaient survécu. Cette année, le chiffre devrait être bien meilleur si tout continue comme en ce moment.

Les chercheurs pensent que les manchots Adélie vivent 30 ou 40 ans. Une année perdue n’est donc pas catastrophique pour l’espèce mais à condition que cela ne se produise pas trop souvent.

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9 Janvier 2016 – Plongée à La Selle et à La Baleine

Pour le programme POLARIS, nous essayons d’échantillonner nos 4 espèces de vers cibles sur différents sites afin de voir si la diversité génétique est bien la même quel que soit le site visité. En plus de Norsel, à 12 km de distance, nous avons visité le site de l’Ile Claude Bernard, l’Ile La Selle il y a deux jours et, aujourd’hui, l’Ile La Baleine, toujours dans l’archipel de Pointe Géologie (3 km de distance de notre premier site de plongée). Sur ces deux derniers sites, à première vue, tout paraît couvert de filaments bruns peu encourageants. C’est le processus normal de croissance des algues sur les rochers. Ceci avait été observé avant à Norsel et quand nous avions de nouveau visité le site après 3 semaines, il y avait plein d’autres belles algues. La roche est parfois mise à nu, certainement la cicatrice du passage de blocs de glace. Un petit surplomb à un endroit nous permet cependant de voir un joli assemblage d’éponges, et d’autres animaux qui leur sont associés.

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Photo en plongée avec algues brunes et roche mise a nu par le frottement de blocs de glace. (Pierre Chevaldonné)

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4 Janvier 2016 – Une plongée avec les Polynoidae géants

Le groupe de vers sur lequel je travaille possède des écailles sur leur dos. Ils font partie d’une grande famille de vers qui s’appelle les Polynoidae et comprend environ 900 espèces dans le monde. Ces animaux sont des prédateurs redoutables, avec des belles mâchoires… mais ils sont généralement relativement petits, la plupart faisant au maximum environ 6 cm. Il y a des exceptions, bien sûr et en particulier, il y a en Antarctique quelques espèces qui atteignent 25-30 cm, pour environ 10 cm de large. Des géants quoi !

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Photo / Pierre Chevaldonné

 

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