Questions des 5èmes du Collège Louis et Marie Fichez de Plouescat

  • Comment se passe la vie sur la base?

C’est là une vaste question. La vie est relativement normale : un bâtiment pour dormir, et un accès à des salles de bains, un bâtiment de vie commune où on prend nos repas, avec un coté salon (baby-foot, jeu de fléchettes, billard, bibliothèque très bien fournie). Nous sommes en été entre 60 et 90 personnes sur base, généralement dans une bonne ambiance. Plein de corps de métiers sont présents ici : électriciens, plombiers, chaudronniers, techniciens production d’énergie et d’eau pour la base, conducteurs d’engins, mécaniciens, météorologues, techniciens radio, scientifiques, etc…

  • Qu’est-ce que vous mangez sur la base?

Nous mangeons très bien. Il y a un cuisinier et un boulanger-pâtissier. Nous avons du pain frais tous les matins et généralement de bons desserts tous les midis. Ils sont tous les deux épatants, travaillant tous les jours pour que nous ayons à manger et que nous passions des repas agréables.

  • Pour la nourriture, où la base s’approvisionne-t-elle?

A chaque rotation du bateau, de grandes quantités de nourriture arrivent. Les produits frais durent 2-3 semaines puis on doit utiliser des produits congelés. Pendant l’hivernage, les gens de la base restent 9 mois sans ravitaillement. Il faut donc faire de bons stocks et les gens qui restent pour l’hiver n’ont plus que des produits congelés.

  • Avez-vous des contacts avec votre famille?

Assez régulièrement par e-mail. Nous avons une adresse locale qui nous permet de communiquer avec les amis, la famille, et les collègues.

  • Les conditions de vie sont-elles difficiles?

Je ne dirais pas difficiles. Il fait froid mais nous sommes bien couverts. Nous avons des chambres avec lits superposés pour deux personnes, des toilettes et des douches pour chaque couloir. Le laboratoire est à quelques minutes à pieds, ce qui est très simple. Il n’y a qu’en cas de tempête où c’est un peu plus difficile.

  • Est-ce qu’il faut des chaussures spéciales pour marcher?

Sur la base, il y a la roche et les passerelles métalliques. Les chaussures ‘normales’ sont donc suffisantes. Lorsque nous allons sur la banquise, il faut des chaussures bien isolantes et des crampons si la glace est glissante.

 

  • Le premier voyage est-il plus dur que le deuxième?

Non, pas plus. C’était la découverte et l’émerveillement la première fois. L’émerveillement a un peu diminué mais, de temps en temps, on s’arrête une minute, on prend une grande bouffée d’air frais et on apprécie la vue.

  • Combien comptez-vous faire de voyages en Antarctique?

Cette mission est ma troisième en Antarctique. C’est la fin de ce premier programme POLARIS. Je vais ensuite travailler sur les échantillons ramenés pendant plusieurs années et reviendrai probablement dans quelques années quand j’aurai besoin d’autres échantillons pour répondre aux nouvelles questions soulevées par nos découvertes.

  • Comment allons-nous en Antarctique?

Pour la Terre Adélie, il faut 2 jours en avion jusqu’en Tasmanie, puis 5-6 jours de traversée en bateau. Ca fait donc 15 jours voyage aller-retour.

  • Pourquoi partez vous en décembre?

Cette année, nous sommes partis en Décembre plutôt que Janvier afin de bénéficier de meilleures conditions de glace pour pouvoir plonger.

  • La banquise a-t-elle diminué depuis votre dernier voyage?

A notre départ l’année dernière, il restait environ 10 km de banquise à la fin du mois de Février. Elle avait déjà presque entièrement débâclé avant notre arrivée cette année. La différence est donc très forte !

  • Quelle est la température de l’océan Antarctique?

Elle est toujours très froide : typiquement entre -1,8˚C l’hiver et -1˚C l’été en Terre Adélie. Elle monte un peu plus en Péninsule Antarctique (environ 0˚C).

  • Quelle température fait-il en Antarctique?

Ici, c’est l’été… En bord de mer, il fait aux alentours de 0˚C. Ca descend parfois la nuit (disons vers -5˚C) et on a eu une journée très chaude avec +5˚C. Mais dans l’ensemble, ca reste aux alentours de 0˚C. En hiver, pour la base de Dumont d’Urville, ça peut descendre à -30˚C (des températures aussi rencontrées parfois en France en hiver). Par contre, dans le continent, la température peut descendre à -80˚C.

  • Comment les manchots font-ils pour vivre avec le froid ?

Ils aiment le froid ! Ils ont évolué pour vivre ici et les journées chaudes sont en fait difficiles pour eux. Leur plumage est un bon isolant et quand il y a tempête, ils se couchent au sol pour attendre l’accalmie.

  • Qu’est ce que veut dire « polaris »?

L’acronyme POLARIS veut dire “Polymorphisme adaptatif, réchauffement climatique et susceptibilité des espèces Antarctiques d’annélides”… EN langage plus clair, ca pourrait se lire “Les espèces Antarctiques ont-elles ce qu’il faut pour survivre le réchauffement climatique?”

  • Sur la base, que faites vous à part collecter des vers?

Nous faisons beaucoup d’expérimentation en aquarium dont nous contrôlons la température. Ca nous permet de regarder la survie de nos vers. Nous avons aussi récolté des échantillons pour certains de nos collègues en France.

  • Pourquoi allez-vous faire cette étude en Antarctique?

L’Antarctique connaît des conditions de température dans l’eau de mer très stables depuis des millions d’années. Avec le réchauffement climatique en cours, nous nous demandons si les espèces marines sont encore capables de supporter une augmentation de température.

  • A quoi servent vos recherches?

Nos recherches sont avant tout fondamentales. C’est à dire que c’est l’acquisition de nouvelles connaissances pour comprendre les mécanismes de l’évolution et l’effet de l’environnement sur la sélection qui nous intéresse. Cependant, nos résultats sont importants pour comprendre et anticiper l’effet du changement environnemental que l’être humain imprime sur notre planète.

  • Quand vous aurez les résultats de vos recherches que ferez vous de plus après?

L’essentiel du travail en Antarctique consiste à récolter des animaux et faire de l’expérimentation dessus. Nous déterminons la sensibilité des espèces et, une fois de retour au laboratoire, nous chercherons à comprendre les bases génétiques de ces différences. Ce travail prendra plusieurs années une fois de retour en France.

  • Comment se déroulent vos recherches?

Typiquement, nous allons chercher des animaux en plongée, les remontons et les plaçons ensuite en aquarium avant de faire des expériences dessus. Les animaux sur lesquels nous travaillons vivent dans les bases de grandes algues qui ressemblent à des laminaires. Nous remontons une dizaine de bases à chaque plongée puis les décortiquons au laboratoire pour en trier les organismes. Ceci nous prend au moins une demi-journée. Les animaux sont placés en aquarium pour récupérer et nous les maintenons à environ -1,5˚C (leur température de vie normale). Une fois prêts, nous les plaçons dans les conditions expérimentales qui nous intéressent. Par exemple, nous les avons mis à 3,5˚C pour regarder s’ils pouvaient y survivre.

  • Quel matériel utilisez vous pour faire vos recherches?

Sur la base, c’est assez simple : des aquariums, des systèmes de régulation de température, des thermomètres de précision électroniques, des pompes à air pour aérer les aquariums, une loupe binoculaire (pour identifier les espèces si elles sont proches), des cuvettes pour faire le tri, un congélateur à -80˚C, des glacières… et bien sûr tout le matériel de plongée et le petit bateau.

  • Pourquoi faites vous cette étude sur les vers?

On trouve des vers dans tous les environnements marins : du plus froid au plus chaud, dans la zone de balancement des marées jusqu’aux abysses. SI on avait commencé à travailler sur les crabes par exemple, cela n’aurait pas été possible en Antarctique (il n’y en a pas !).

  • Cette mission est-elle importante pour la planète?

Tous les scientifiques apportent leur petite brique au grand édifice de la connaissance. Nous ne pouvons bien sûr pas prendre de décision pour la planète mais nous apportons des connaissances importantes pour les décideurs (généralement des personnes politiques). Le travail que nous effectuons sur les vers peut paraître exotique mais les vers ne sont qu’on modèle et nous pensons que l’on peut extrapoler à d’autres espèces et ainsi s’intéresser à la survie des espèces dans le cadre du réchauffement climatique.

  • Dans combien de temps aurez les résultats de vos recherches?

Certains résultats sont rapides (quelques mois), d’autres prendront surement plusieurs années.

  • Comment faites vous les analyses?

Aucune analyse poussée n’est faite sur la base. Notre recherche fait appel à de la génétique, avec du séquençage de fragments de génomes. Nous faisons des extractions d’ADN (le support de l’information génétique contenu dans le noyau de nos cellules) et travaillons ensuite dessus.

  • Êtes-vous bien équipés en matériels scientifiques?

Nous avons amené avec nous tout le matériel scientifique nécessaire pour nos expérimentations. Nous avons accès à une salle avec les aquariums de la base mais le reste a dû être amené par nous. C’est en tout plus de 250 kg de matériel que nous avons amené.

  • Combien de temps passez vous dans le laboratoire pour examiner les animaux?

En gros, nous plongeons tous les 2-3 jours et travaillons au laboratoire le reste du temps. Depuis notre arrivée, nous n’avons pas vraiment eu de journée de relâche, même si nous avons fait des journées un peu allégées le 25 Décembre et le 1er Janvier. Les expériences menées ont cependant duré plusieurs jours et on ne pouvait pas les mettre en attente.

  • Quel matériel utilisez vous pour plonger?

Dans l’essentiel, un matériel classique : bouteilles de plongée, combinaison, détendeur. Mais il est spécialement adapté à plonger en eau très froide (presque -2˚C) : la combinaison est une combinaison sèche, épaisse (6 mm), avec un vêtement chaud à l’intérieur, les détendeurs sont modifiés pour éviter la formation de glace autour de parties critiques pour la détente de l’air de la bouteille.

  • Pourquoi la plongée ne dure que 20 minutes?

La plongée peut durer plus de 20 minutes mais il faut éviter d’avoir à faire des paliers de décompression. La base n’est pas équipée avec un caisson de décompression, indispensable en cas d’accident de décompression. Nous limitons donc nos plongées à 20 mètres (bien que des incursions à 30 mètres soient autorisées) et ajustons la durée de la plongée en conséquence.

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